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 Carrefour: Bernard Arnault sauve la face

10 mai

Projet de cotation repoussée, limogeage de dirigeants, la direction du géant des hypermarchés est dans la tourmente.


Une nouvelle chasse l’autre pour Bernard Arnault, patron de LVMH. Jeudi, bonne nouvelle, l’empereur du luxe, sacré quatrième fortune mondiale par Forbes en 2011, apprenait que son hôtel Cheval-Blanc de Courchevel avait reçu la distinction Palace, un label attribué à sept autres établissements en France. Mais le même jour, sous la pression d’un "activiste", il devait consentir au report de la vente des murs des magasins Carrefour, autrement dit la cotation de 25% de Carrefour Property, la foncière du géant mondial des hypermarchés. Ce groupe, dont il détient 14% du capital aux côtés du fond d’investissement Colony, dirigé par Sébastien Bazin, est son épine d’entrepreneur. Un actif qui ternit sa réputation d’investisseur hors pair. À combien se chiffre aujourd’hui sa moins-value ? Plusieurs observateurs avancent le chiffre de 500 millions d’euros pour sa holding, Groupe Arnault.

Le positif n’est pas de retour
Après quatre années, date de la prise de participation, le titre a perdu plus de 40 % de sa valeur et végète depuis des mois autour de 30 euros. Le positif n’est toujours pas de retour chez Carrefour. Le dernier slogan maison, qui tente de réenchanter les consommateurs du distributeur depuis l’an dernier, peine à décrisper ses dirigeants et actionnaires. Leur stratégie ne convainc pas le marché. En quarante-huit mois, ils ont sacrifié un PDG et recruté le numéro deux de Nestlé, Lars Olofsson, tenté de stimuler un cours de Bourse atone et donné des signaux contradictoires sur les projets internationaux. En mars, ils annonçaient la scission du groupe en trois avec la mise en Bourse de Dia, la filiale hard discount, et la vente des murs logés dans Carrefour Property.

Aujourd’hui, ils doivent affronter un autre financier, l’activiste Eric Knight, qui détient 1,5% du capital et menace de troubler l’assemblée générale des actionnaires du 21 juin. Chez Carrefour, depuis un peu plus d’un an, et connu pour avoir semé la zizanie chez GDF Suez et HSBC, il a réussi à fédérer 45 actionnaires représentant 20% du capital, dont des Defforey, une des familles fondatrices. Eric Knight ne s’en tient pas là. Son porte-parole assure qu’il attend les annonces de la journée investisseurs du 17 mai et "n’exclut pas d’entrer au conseil d’administration si on l’y invite". Une manière de maintenir la pression jusqu’à l’assemblée générale.

Risques juridiques
Il n’est pas le seul à douter de la stratégie défendue par les actionnaires de Blue Capital. Lars Olofsson a sollicité les ténors du barreau d’affaires de Paris pour se couvrir. Deux consultations ont examiné les risques juridiques soulevés par la vente de l’immobilier. L’une d’elles déconseille l’opération. Elle pourrait provoquer des procédures sans fin. Surtout un risque, la perte de l’intégration fiscale, un avantage de plusieurs centaines de millions d’euros qui permet d’éponger les pertes de Carrefour France. Et un "possible abus de majorité", selon les experts du droit. Inaudible pour Bernard Arnault, qui aurait critiqué en conseil un montage mal préparé. "En conseil, Olofsson nous a dit : 'Je fais coter Dia, je remplace le patron français de Carrefour. Mais je ne peux pas tout traiter en même temps. Les dividendes exceptionnels de Carrefour property attendront'", confie un administrateur. 
Le conseil d’administration, qui s’est tenu mercredi en fin de journée, a mis fin au suspense. Il sonne aussi comme un désaveu pour Sébastien Bazin, connu pour ses coups dans l’immobilier. Ce dernier est à l’origine de l’arrivée de Bernard Arnault chez Carrefour en 2007. Leur alliance de "circonstance" est mise à l’épreuve. Après avoir chacun investi 2 milliards d’euros (pour les deux tiers grâce à des emprunts bancaires) alors que le titre cotait 52 euros, la chute du cours de Bourse de Carrefour les a obligés à repasser devant leurs banquiers à plusieurs reprises. En 2008, ils ont été contraints de remettre au pot. Bernard Arnault aurait investi seul 800 millions d’euros de plus. Le patron de LVMH a repris la main. "Bazin est dans une impasse", expliquent plusieurs sources. La moins-value de Carrefour atteint Bernard Arnault dans son image et sa réputation. Un coût trop élevé pour durer. 
Prochain épisode lors du nouveau conseil d’administration programmé pour vendredi. Bernard Arnault a sauvé la face. Lars Olofsson ne peut plus se permettre de la lui faire perdre.

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE

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