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Les Echos

Le conseil d'administration du distributeur qui s'est tenu hier a décidé de proposer aux actionnaires la scission de sa filiale de hard-discount et de Carrefour Property, par le biais de dividendes exceptionnels. La première ferait son entrée à la Bourse de Madrid, la seconde à celle de Paris.

Les choses sont allées vite. Pour éviter les fuites après le conseil d'administration « stratégique » d'hier, les dirigeants de Carrefour ont rendu public immédiatement leur projet pour la branche de hard-discount Dia et la foncière Carrefour Property.

Dans un communiqué, ils indiquent que « le conseil d'administration (...) a décidé de soumettre aux instances représentatives du personnel et aux actionnaires un projet de scission de 100 % de Dia et 25 % de Carrefour Property ». Comme prévu, les souhaits des actionnaires réunis au sein du holding Blue Capital, le fonds Colony Capital et Groupe Arnault, ont été exaucés. Et le directeur général, Lars Olofsson, a obtenu la confirmation du maintien du contrôle majoritaire de Carrefour sur les murs - et donc les loyers -de ses hypermarchés.

« La scission de 100 % de Dia permettrait à Carrefour de se concentrer pleinement sur le développement du potentiel de la marque Carrefour et sur son coeur de métier, tout en permettant aux actionnaires de Carrefour de bénéficier du plein potentiel de Dia. La scission de 25 % de Carrefour Property contribuerait au renforcement de l'attractivité et de la compétitivité de ses sites et permettrait à Carrefour de révéler la valeur sous-jacente de ses actifs immobiliers » poursuit le texte. Les ressorts des deux opérations sont clairs : externaliser de la valeur réputée cachée pour les actionnaires  ; focaliser les équipes de Carrefour sur le grand défi qu'est la réussite du concept Carrefour Planet visant à enrayer le déclin des hypermarchés européens du groupe. Une logique contestée par les représentants syndicaux de Carrefour en France dès hier soir, n'y voyant aucun intérêt pour la dynamique commerciale des enseignes.

Un dividende exceptionnel

Techniquement, il est envisagé de procéder à la distribution de la totalité des titres Dia détenus par Carrefour sous la forme d'un dividende exceptionnel. Chaque actionnaire de Carrefour recevra un nombre d'actions Dia égal au nombre d'actions Carrefour qu'il détient. « L'action Dia serait cotée à la Bourse de Madrid », indique le communiqué.

Pour Carrefour Property, l'opération, si elle est approuvée par l'assemblée générale du groupe du 21 juin et celle de Carrefour Property le 23, serait similaire, mais ne porterait que sur 25 % du capital. La cotation se ferait, elle, à Paris.

Dans une note récente, la banque Nomura valorisait Dia à 4 milliards d'euros, soit 40 % du chiffre d'affaires. Carrefour indique, par ailleurs, une valeur de 10,4 milliards d'euros pour les 4 millions de mètres carrés d'actifs de sa foncière. Le bilan financier de l'opération se traduirait donc par un retour aux actionnaires de plus de 6 milliards d'euros.

Reste à savoir quelle sera la réaction des investisseurs. Avec plus de 6.000 magasins, dont environ 2.000 franchisés, implantés en France, en Espagne, au Portugal, en Turquie, au Brésil, en Argentine ainsi qu'en Chine, Dia, qui est né et piloté en Espagne, a tout pour vivre sa vie en dehors du groupe.

Pour Carrefour Property, des interrogations existent aussi. En gardant le contrôle, Carrefour entend maîtriser les loyers de ses hypermarchés. Ce qui est indispensable à la rentabilité du groupe, mais qui rend la foncière moins attractive. Par ailleurs, Carrefour Property ne détiendra pour l'essentiel que les murs des hypermarchés, mais pas les galeries marchandes attenantes. Celles-ci ont été vendues, il y a plusieurs années déjà, à Klépierre. Ce qui prive Carrefour d'un levier dont disposent Casino ou Auchan. Ceux-ci peuvent en effet gérer au plus près la surface de leurs hypermarchés en transformant les mètres carrés non rentables de certains rayons non alimentaires en boutiques intégrées à la galerie marchande (le groupe stéphanois réduit ainsi de 1 % sa surface de vente en moyenne chaque année). Carrefour aura moins de facilité pour réaliser ce type d'arbitrage.

Lars Olofsson détaillera jeudi, lors de la présentation des résultats 2010, le contenu des deux opérations. Nul doute que les analystes présents l'assailleront de questions.

PHILIPPE BERTRAND, Les Echos

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE

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