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25 Août 2013

L’hyper a équipé de portes 80 % de ses meubles frais et froid, diminuant la puissance frigorifique nécessaire.

L'hyper de La Chapelle-Saint-Luc s'est équipé d'une installation frigorifique fonctionnant avec des fluides naturels, ammoniac et CO2. Le distributeur ouvre la voie à des systèmes plus propres, alors qu'une taxe va frapper les fluides de synthèse les plus nocifs d'ici au début 2014.

 

Situé près de Troyes (Aube), l'hypermarché Carrefour de La Chapelle-Saint-Luc occupe une place de choix dans l'arsenal du distributeur, pour au moins deux raisons. Côté pile, d'abord, cette unité flambant neuve de 7 000 m², inaugurée en novembre dernier à la suite d'un transfert-agrandissement de l'ancien hyper de 5 500 m², applique à la carte toutes les recettes de la reconquête énoncées par Georges Plassat et Noël Prioux : une dominante alimentaire sur lesproduits frais et locaux, une organisation simplifiée qui rend l'expérience le plus agréable possible...

 

Mais c'est en coulisses qu'il se distingue du reste de la flotte. Cet hypermarché est en effet le premier, en France, à être équipé d'une installation frigorifique d'un genre nouveau, mêlant deux fluides naturels : l'ammoniac pour produire le froid et le CO2 pour le distribuer le long des dizaines de mètres linéaires frais et surgelés.

ÉCOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE

Par rapport aux fluides de synthèse, cette solution présente un triple intérêt. Elle est d'abord beaucoup plus écologique, puisqu'elle réduit de 100% les émissions de gaz à effet de serre du magasin. Ce qui va permettre au point de vente, dans un second temps, de s'affranchir d'une prochaine taxe sur les fluides frigorigènes (lire encadré). Enfin, couplé à d'autres dispositifs, comme les 80% de meubles frais et surgelés équipés de portes, ce procédé fait réaliser au magasin près de 20% d'économies d'énergie. Un chiffre considérable, sachant que le « froid commercial » est le premier poste de dépenses d'un magasin alimentaire, à plus forte raison un hyper, où il pèse 50% de la facture énergétique.

Hervé Duclos, le responsable achats énergie de Carrefour, résume l'ambition du projet : « En France, environ 30% des émissions de gaz à effet de serre proviennent des installations frigorifiques. Nous avons donc fait le choix d'une installation frigorifique pérenne, à l'abri des évolutions de la réglementation européenne F-Gas. »

Cette dernière inspire la future taxe française sur les fluides frigorigènes, qui va frapper l'an prochain les fluides les plus pollueurs. Dans le viseur, notamment, les gaz de synthèse de type R404A, largement employés par les magasins alimentaires en France. Ils seraient plus de 70%, selon les experts, à utiliser ce fluide qui affiche un rendement de gaz à effet de serre désastreux. Une fuite de 1 kilo de R404A projette dans l'atmosphère 4 tonnes de CO2 ! D'où son interdiction programmée pour 2020 en Europe et en France.

  • La production de froid est réalisée avec de l'ammoniac (NH3) confiné en salle des machines, puis distribué au CO2, tant pour le froid positif que négatif
  • Le groupe comprend trois compresseurs NH3 d'une puissance de 450 kW et trois compresseurs CO2 d'une puissance totale de 58 kW
  • Le circuit est alimenté par 500 kg de CO2 à -35 °C (négatif) et 1 000 kg de CO2
  • La charge de l'ammoniac, limitée à 140 kg, permet de liquéfier le CO2, qui est pompé via une détente directe et un retour en phase gazeuse

 

COMBINAISON GAGNANTE

Carrefour, qui teste déjà, par ailleurs, des solutions de production de froid à partir de CO2 transcritique, joue donc la carte de l'innovation. « Nous aurions pu remplacer le R404A par un autre fluide de synthèse, le R134A, explique Hervé Duclos. Mais ce gaz, dont 1 kilo équivaut à " seulement " 1,3 tonne de CO2, risque à son tour d'être taxé, puis prohibé. Le groupe Carrefour s'est aussi engagé à améliorer son efficacité énergétique de 30 % d'ici à 2020 par rapport à 2004. Le froid commercial apporte ainsi sa pierre à l'édifice. »

C'est donc la combinaison ammoniac-CO2, des fluides naturels « neutres » (1 kilo de produit égale 1 kilo d'émission de gaz à effet de serre, tandis que l'ammoniac n'en dégage aucun) que Carrefour a mise en place, avec toute une série de spécificités, qui tient à la nature de l'ammoniac. « Il fait l'objet d'une réglementation très précise », indique Laurent Meykuchel, directeur général d'Axima Réfrigération, la filiale de GDF Suez, qui a réalisé l'équipement du Carrefour de La Chapelle-Saint-Luc et d'un Leclerc breton.

Pour éviter tout un régime d'autorisations préalables de la préfecture, il faut d'abord que la charge d'ammoniac soit inférieure à 150 kg et confinée dans la chambre des machines. « Au moment de la construction de la centrale, il faut bâtir le dossier avec les pompiers ou la Dreal [Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, NDLR], conseille Laurent Meykuchel. Il faut également faire une déclaration auprès de la préfecture. »

L'ammoniac nécessite aussi des équipements complémentaires. « Notamment un détecteur en cas de fuite, note Laurent Meykuchel. Cette installation permet d'isoler automatiquement la pièce si nécessaire. »Autre contrainte, il faut une limite de propriété de 8 mètres au moins entre le magasin (la salle des machines) et les autres propriétés. Enfin, le froid doit être distribué par un autre « média » que l'ammoniac, qui reste confiné dans la salle des machines. À La Chapelle-Saint-Luc, Carrefour a opté pour le CO2 plutôt que pour l'eau glycolée, une autre solution « propre ».

Hervé Duclos a déjà calculé les différents bénéfices de cette installation, même s'il attend un an ferme de fonctionnement, en novembre prochain, pour tirer des conclusions plus définitives. « Le bénéfice environnemental est évident, et nous prévenons aussi le risque d'une taxe ou d'une interdiction des fluides de synthèse », annonce-t-il.

Le recours au CO2 comme « média de distribution » du froid, par rapport à l'eau glycolée, est aussi très profitable. « Ses caractéristiques physiques sont avantageuses, car nous diminuons la taille des installations par trois, depuis les tuyaux jusqu'au collecteur. Celui-ci, disposé sur le toit, affiche donc une charge moins importante. » L'énergie de la pompe, nécessaire pour distribuer le CO2, est aussi largement inférieure à une configuration en eau glycolée. « Elle est divisée par quatre », annonce Hervé Duclos.

 

MEUBLES FERMÉS

Pour Laurent Meykuchel, le choix de Carrefour de fermer 80 % de ses meubles frais et froid rend l'équation encore plus intéressante : « La puissance frigorifique installée et nécessaire est moins importante puisqu'il n'y a plus de déperdition du froidC'est aussi grâce à cela que nous n'avons eu besoin " que " de 140 kg d'ammoniac, ce qui facilite les procédures administratives. »
En froid positif, le magasin affiche ainsi une consommation de 320 kW, contre 800 kW normalement, pour un hyper de cette taille. En froid négatif, il tombe à 58 kW, contre 100 kW dans une configuration traditionnelle. « Cette technologie combinant ammoniac et CO2 est la plus adaptée pour les moyens et gros hypermarchés de 5 000 à 7 000 m² », conclut Hervé Duclos. De quoi justifier un investissement supplémentaire de 13 % par rapport à une installation au gaz de synthèse R404A.

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE

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