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LSALars Olofsson

Les réactions étaient prudentes, sceptiques, voire très mitigées, après l’annonce hier en fin d’après midi par le conseil d’administration de Carrefour de son projet de coter et céder aux actionnaires la totalité de sa filiale de hard discount Dia, ainsi que 25 % de sa filiale immobilière Carrefour Property.

Sans être une surprise – des fuites dans la presse avaient préparé le terrain depuis quelques semaines - l’annonce de la double mise en bourse des branches hard discount et immobilière du groupe, a suscité, à chaud, plus d’interrogations que d’enthousiasme auprès des analystes, des experts et des syndicats. La bourse de Paris, elle-même, qui aurait pu être séduite par cette opération propice aux actionnaires, plaçait le titre en forte baisse de 3,90% mercredi 2 mars, le lendemain de l’annonce. C’est dire si les explications du management de Carrefour et de son directeur général, Lars Olofsson, demain matin, lors de la conférence de résultats sont très attendues et risquent de s’avérer décisives pour la bonne tenue des opérations.
Car en l’état actuel des choses, les observateurs sont sur la réserve. Ils voient dans l’initiative du conseil d’administration de Carrefour une opération financière qui n’a que peu de logique industrielle. Il s’agit en fait de céder, après cotation en bourse, la totalité de Dia, et 25 % de l’immobilier aux actionnaires de Carrefour. Soit, si l’on tient compte des valorisations respectives de ces deux filiales qui sont de 4 et d’environ 11 milliards d’euros, de faire cadeau à ces mêmes actionnaires de plus 6,7 milliards d’euros en actions dès le mois de juillet. Dont près de 1 milliard d’euros partagés entre Colony et Bernard Arnault, actionnaires de référence de Carrefour liés dans Blue Capital, et que l’on devine à la commande de cette initiative, alors qu’ils ne détiennent tous deux que 14 % du capital et 20 % des droits de vote du groupe. Le tout apparemment sans retombées immédiates pour l’entreprise elle-même. Car elle abandonnerait totalement les synergies et les profits de sa filiale de hard discount au chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros et confierait à une foncière la gestion des murs de ses hypers, au risque de les fragiliser encore plus avec des loyers et des charges trop lourdes.
L’explication avancée par Carrefour qui veut qu’en cédant Dia et en dégageant son immobilier, le groupe et ses équipes auront les coudées franches pour se concentrer sur le redressement de la marque, laisse en tout cas sceptique. Les retards dans le calendrier de transformation des hypermarchés français au nouveau concept Planet et les démarrages poussifs des deux premiers tests menés à Lyon prouvent que cette relance ne sera pas un long fleuve tranquille. Et une partie de l’argent généré par la vente de Dia aurait peut-être été plus utile en le réaffectant en partie à cette transformation majeure, qu’en le laissant en totalité dans les poches des actionnaires. C’est en tout cas l’analyse qu’en font les syndicats du groupe, joints par l’AFP. « Je vois bien l'intérêt pour les actionnaires, mais je ne vois pas très bien ce que cette opération va changer en terme de dynamique pour Dia », estimait hier Michel Enguelz, délégué syndical Force ouvrière (FO). Pour Claudette Montoya (CGT), « Carrefour cherche par tous les moyens à refaire gonfler l'action. ». « Il n'y a pas de logique commerciale, il n'y a qu'une logique financière », affirme de son côté Dejan Terglav, délégué FO, pour qui « le groupe en sort affaibli ». « C'est une superbe opération pour les actionnaires » qui « veulent de l'argent vite », a-t-il ajouté. Bref, s’il réussi à rallier les financiers demain, Lars Olfosson devra aussi convaincre en interne du bien-fondé de cette stratégie. Une autre paire de manche, tant le moral des troupes semble au plus bas dans le groupe, marqué par des départs de cadres en cascade depuis deux ans.
Jérôme Parigi

 

Tag(s) : #REVUE DE PRESSE

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